Servir froid - Joe Abercrombie

Publié le par Davalian

images-copie-3.jpgMerci à Babelio et aux éditions Bragelonne pour m’avoir offert Servir Froid de Joe Abercrombie. Le cadeau est d'autant plus beau qu'il me force à revenir sur ce blog. Ce livre est a priori étiqueté « fantasy », du moins s’agit-il là d’un classement fait à la va-vite. Le roman s’adresse tout particulièrement à cette catégorie de lecteurs snobinarde, méprisante envers ce qu’elle considère (inutile de dire à tort) comme un sous- genre de littérature réservé à des ados ou marginaux asociaux. Dès les premières pages l’auteur annonce la couleur : les dragons, lutins et autres créatures fantaisistes sont considérés comme des « foutaises ». S’il est question de magie, c’est surtout dans le cadre d’un débat avec la science, de l’empoissonnement et de la manière de tuer son prochain de manière plus au moins avilissante.   

Le titre du livre est révélateur : il s’agit d’une histoire de vengeance, sombre, très très sombre. Heureusement le récit est-il émaillé de nombreux bons mots, citations marquantes, arguments d’autorités réinventés pour l’occasion. Le lecteur est appelé à suivre une bande de mercenaires hauts en couleurs et bien plus crédible que la Compagnie Noire de Glen Cook. Les âmes damnées, cupides, complexes sont vraiment travaillés à l’extrême. Pas de psychologie de bas étage, chacun participe – à sa manière – à l’aboutissement de l’histoire. C’est regrettable de l’annoncer mais le protagoniste est une femme. Regrettable de l’annoncer, tant le premier chapitre est surprenant et  annonciateur de ce qui va suivre : un lot de rebondissement et de surprise constamment renouvelé. A lire pour le croire !

La quatrième de couverture est enrichie par les commentaires élogieux d’un certain George R. R. Martin. Ceux-ci ne sont usurpés. Un vent épique souffle du début à la presque fin. Le côté surprenant n’est pas sans rappeler le Trône de fer, tout comme cette facilité apparente avec laquelle l’écrivain parvient à surprendre ses lecteurs, même blasés.

Hélas, quelques imperfections viennent gâcher le plaisir. La longueur de l’histoire (près de 700 pages en format de luxe !) appelle un regard plus critique et franchement les 100 à 150 dernières pages sont pour le moins superfétatoires. Le dénouement est également plutôt décevant. L’épisode de la couronne est osé et habile, mais il reste empreint d’un arrière-goût de facilité. Une suite est-elle en chantier ? Tout porte à la croire et étrangement, c’est avec un grand plaisir que celle-ci sera attendue. Étrange sentiment s’il en est… Autant dire que l’écriture des scènes finales est remarquable, digne des plus grands thrillers. Sa qualité en fait presque oublier ces quelques déceptions de fond.

Un très bon roman, à lire par le plus grand nombre et par les sceptiques, en tout premier lieu. Ceux-ci vont découvrir un roman noir, écrit de main de maître.  Un très bon moyen pour se lancer dans la fantasy de manière sérieuse.

Publié dans Fantasy

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