Les Mystères de Paris - Eugène Sue

Publié le par Davalian

Il existe deux types de lecteurs : ceux qui ont lu les Mystères de Paris et les autres.

Cette œuvre est bien plus qu’un simple livre, qu’une aventure que la quintessence du roman feuilleton.  Cette chronique est une certaine manière de voir la société parisienne du XIXème siècle. Bien vite l’objet est dépassé. Non, il n’est pas simplement question des classes dangereuses chères à Louis Chevalier. Le monde ouvrier (de toute époque) trouve ici un manifeste en faveur de sa réhabilitation. Car Eugène Sue livre certes une histoire unique mais celle-ci laisse progressivement la place à un pamphlet. Des nombreuses idées qu’il développe, certaines ont vu le jour et d’autres non. Celles-là restent toutefois solidement ancrées dans les représentations des temps actuels (condamner les méchants, récompenser les bons citoyen pour ne citer que cette arlésienne). Ne serait-ce que pour les leçons de morale, l’œuvre conserve une actualité troublante, dérangeante même.

Le scénario est certes long mais il se suit avec plaisir. Certains passages sont certes un peu ardus et guère passionnants, mais ils sont bien vite oubliés, sans doute car ils sont peu nombreux. La modernité du style de Sue étonne encore. Quelle prétention (et quelle leçon) pour le lecteur contemporain que de découvrir un style qui emprunte moins à cette manie du détail (chère au couple Dumas – Naquet) qu’aux prémices du thriller : les derniers chapitres (bien plus que les premiers bien plus souvent cités pour leur modernité) sont difficiles à quitter.

Les rebondissements, surprises sont légions. Les personnages sont tous attachants et ont marqué la littérature (Rodolphe, Fleur-de-Marie). Ceux-ci sont nombreux mais étrangement ils semblent tous graviter au sein d’un même cycle. De Paris il n’est pas vraiment question. Certes la ville sert d’écrin, l’emprise des rues, des murs, des maisons, des quartiers est  omniprésente, mais elle n’occulte jamais le sujet principal.  Celui-ci est et demeure le mode de vie des classes pauvres.

Le nombre de pages, l’aspect d’un apparent monolithique ne doivent aujourd’hui être compris que comme autant de défis et donc autant d’invitations à découvrir un œuvre majeure de la littérature française.   

Publié dans XIXème siècle

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