Le Coup de Grâce - Marguerite Yourcenar

Publié le par Davalian

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Le coup de grâce n'est sans doute pas le chef d’œuvre de Marguerite Yourcenar. Pour utiliser une métaphore quelque peu facile, je dirai qu'il s'agit plutôt d'un hors d’œuvre qui régalera le lecteur affamé, impatient et désireux de se faire rapidement une idée du style de l'auteure.
Cette nouvelle qui se lit rapidement (une petite centaine de pages) est un prélude, une bande annonce, un essai avant les Mémoires d'Hadrien. Les parallèles entre les deux sont légions.

La narration est omnisciente, le protagoniste parle à la première personne, sans rien de désagréable. La présence de l'écrivaine est palpable à chaque phrase lue, chaque page tournée. Malgré ce que laisse croire la quatrième de couverture, il n'est nullement question d'histoire d'amour ou de triangle amoureux. Oublions là, le récit de Antinoüs et son impérial amant.
De fait, l'intrigue est construite autour d'un jeu de séduction. La préface en révèle beaucoup et aurait gagnée à être transformée en postface. Ce petit regret, du moins implique des révélations qui permettent une approche romantique depuis longtemps oubliée. Le jeu crée une pièce de théâtre, un huis-clôt intéressant.

Si l'histoire accuse parfois quelques longueurs, elle nous révèle peu de surprises. Mais quel plaisir de lire tant de mots bien sentis. Ceux-ci sont bien plus subtils que d'ordinaire. L'ironie est omniprésente et amusante : "L'amitié est avant tout une certitude, c'est ce qui la distingue de l'amour." "Elle ne mentait pas : rien pour les femmes n'a d'importance qu'elles mêmes, et tout autre choix n'est pour elles qu'une folie chronique ou qu'une aberration passagère."

Le contexte historique, les lieux choisis sont tout aussi dépaysant et invitent le lecteur à regarder différemment les deux guerres mondiales et leurs acteurs. Le récit est une allusion à une époque et à un conflit oubliés ou du moins plus oubliés que connus. 

Publié dans Marguerite Yourcenar

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